Hier soir, au sommet d'un vendredi soir des plus exaltants, j'ai tristement appris devant ma télévision que nous avions perdu la tête. Quid d'une émission sur la crise, la grippe, la mort de MJ ou l'enterrement de la révolution iranienne. Juste un portrait de vous et moi partant en vacances. Enfin juste de vous en fait, je vaux mieux que ça évidemment.
Au programme, tourisme de survie dans le Jura – sic – dans des conditions évidemment extrêmes où l'art de fabriquer ses propres raquettes et de braconner du lapin blanc prend tout son sens, surtout lorsqu'on est encadré par deux anciens militaires, à peu près aussi aimables qu'un GO du Club Med. Les camps de vacances modernes me dit-on. En quelque sorte le culte de la performance, du dépassement de soi et de la recherche intérieure que Christopher McCandless dans une ironie des plus totales a remis à la mode. Apprendre à survivre en milieu hostile peut être vital, imaginez être coincé sur la Central Line dans le métro londonien en plein hiver polaire, des lapins galopants sur les escalators : vos vacances vous sauveront la vie. On pourrait voir au delà de la caricature pour parler de l'estime de soi, du regard sur soi ou de la ressemblance avec les stages de motivation organisés par les entreprises, mais cela serait direct moins marrant.
Heureusement au moment où j'ai cru que tout était perdu, nos amis mexicains ont remonté le niveau. Que diriez-vous si on vous proposait de passer 24 heures dans la peau d'un clandestin essayant de rejoindre les États-Unis ? Le prix est à peine moins élevé que pour le tenter en vrai, mais à ce prix la on a droit à la course poursuite avec les 4x4 des GO qui chassent les riches GM dans le noir du désert. On vous propose même un simulacre de passage à tabac si vous vous faites prendre. L'objectif est pédagogique il paraît, de la prévention comme ils appellent ça. C'est sur que les jeunes qui ont 1000 dollars à mettre dans ce genre « d'expérience » risquent à tout moment de sauter le pas et de rentrer chez l'Oncle en escaladant des barbelés. Il est bon de noter que de la même façon je peux sortir de chez moi, mon fusil à pompe dans les mains et me mettre à tirer au pif dans la foule de zombies qui déambulent devant ma porte. Pardon aux familles d'avance. Qui sait avec un peu de chances je pourrais toujours tomber en coloc avec Cheb Mami et nous pourrions devenir meilleurs amis pour la vie. Mais tout cela nous éloigne de notre tourisme dans tous ses états.
La palme d'or aurait pu revenir à ce camp brésilien, qui loin des plages de sable blanc, propose une immersion, une quête spirituelle, à base de riz non salé, de méditation et de transes sous psychotropes qui rendraient jaloux nombre de mes amis anglais. Entre la dubstep sous pills à Londres et la musique « du monde » en transe au Brésil, la frontière est mince. En parlant de frontière, la palme revient logiquement au tourisme porno anglais. 7 jours sur un tournage de porno, le rêve de tout zoophile qui se respecte. Proche du safari, les explorateurs ont le droit de prendre des photos, des vidéos voir de se pavaner en compagnie des gazelles peu farouches ou autres bruyantes félines. Imaginez la tête de Mamy lorsque vous lui montrerez vos photos de vacances et le sourire indescriptible sur les lèvres de votre petit neveu.
Si vous aussi vous partez en vacances cet été, n'oubliez pas : nous avons perdu la tête.


